Faire un écart, ou la critique du management

La lecture de deux livres en même temps peut parfois donner lieu à des éclairages originaux… Regards croisés

Les deux ouvrages en question sont d’une part La comédie (in)humaine de J.de Funès, philosophe, et N.Bouzou, économiste  – essai critique du management moderne-, et d’autre part l’Ecart et l’Entre de François Jullien, philosophe -leçon inaugurale de la chaire sur l’altérité-. 

La comédie (in)humaine

La Comédie (in)humaine fait une critique acerbe du management français, en en pointant les dérives les plus criantes : l’infantilisation des salariés, les  teambuidings d’une éthique douteuse et d’un professionnalisme très relatif,  l’injonction du bonheur au travail, l’obsession du collectif sur l’individuel, le jargon dénué de sens, le courage managérial à la botte et à la hauteur des modes manageriales  successives pour en arriver au non-sens des Chief Happiness Officer, et je passe sur les réunions inutiles et l’infobésité numérique.

À la fin de l’essai, les auteurs présentent 15 propositions « pour être plus efficaces » parmi lesquelles : « diminuer de 50% le temps passé en réunion », « supprimer les activités ludiques des séminaires », « détruire les silos dés qu’ils se forment etc;.. »

En plus de son titre génial, et de l’énergie libératrice qui se dégage d’un tel manifesto, certains lecteurs, fins critiques ont opposé à cet essai des manquements importants:

  • Un écrit plein de croyances et de d’injonctions qui se présente avec les mêmes défauts qu’il dénonce;
  • Un manque de vision systémique mettant  en porte-à-faux les managers sans mettre en lumière les interactions avec les autres composantes du système de l’entreprise.
  • Des solutions proposées qui semblent naïves par leur abstraction, très très loin de la réalité terrain. Dans ces solutions, selon les détracteurs, beaucoup de banalités énoncées sous forme de « commandements » , mais aucune opérationalité.
  • laisser le lecteur penser que cette liste de solutions est applicable à tous, et condition pour réussir à être plus efficace;

Et en même temps…. je me mets à lire la leçon inaugurale de François Jullien sur la chaire de l’Altérité , l’écart et l’entre

L’écart et l’entre

Dans ce discours sur l’altérité, l’auteur, François Jullien, philosophe, helléniste et sinologue, explique qu’il a déployé son travail à partir des pensées de la Chine et de l’Europe, non pas pour les comparer, mais pour qu’elles puissent se regarder l’une l’autre. En quelque sorte, qu’il a appris le chinois pour mieux lire le grec!

Il y est expliqué (pardon pour ce résumé tellement moins riche que la parole de l’auteur, mais je cherche à tracer la piste) que lorsque l’on recherche la différence, alors notre but c’est identifier. Que la différence est un concept de rangement. Elle nous place « dans une logique d’intégration – à la fois de classification et de spécification-, et non pas de découverte. La différence n’est pas un concept aventureux ».

Et c’est bien ce que nous avons tendance à faire : différentier pour identifier, pour spécifier, et ainsi pensons-nous réfléchir, et aboutir à de nouvelles pensées. Sauf que cette manière de faire nous laisse dans ce que nous connaissons déjà, dans notre cadre de référence.

Et c’est alors que l’auteur, nous propose de créer des écarts entre les pensées, comme on écarterait une table et une chaise, pour changer de cadre. Non pas pour les différentier et les ranger dans la case « mobilier », mais pour créer une distance, une tension entre les deuxTandis que la différence établit une distinction, l’écart établit une distance. Et cette distance, c’est l’espace que par déplacement je peux ouvrir entre les deux.

Et voir ce qui se passe « entre« .

  1. L' »entre », c’est là où tout se joue. C’est là où la pensée peut se déployer en se réfléchissant dans l’autre polarité. « Ainsi l’écart est-il une figure non pas de rangement mais de dérangement, faisant paraitre non pas une identité, mais ce que je nommerais une fécondité ». 
  2. Faire une écart, c’est sortir de la norme, procéder de façon incongrue, opérer quelque déplacement vis-à-vis de l’attendu et du convenu. 

L’auteur propose d’utiliser cet « entre » comme un outil pour explorer ce qui se passe entre deux langues pour un traducteur, entre deux séances pour un thérapeute, entre deux pensées, et l’utiliser comme une alerte, un élan un essor qui ne peut se déployer que dans cet « entre ».

Et si… on regardait ces ouvrages l’un à travers les yeux de l’autre?

Et si toutes les injonctions, toutes les propositions que contient La comédie (in)humaine étaient décalées, mises en tension? Si on les utilisait pour créer un écart, et voir ce qui se passe entre ces polarités?

Si, au lieu de comparer ou d’opposer le « collectif » à « l’individu » dans les questions de management – question tout-à-fait pertinente-, on faisait un écart et on regardait ce qui se passe dans la distance entre le collectif et l’individu.

  • Comment ce collectif dévisage l’individu, et comment à son tour l’individu dévisage ce collectif?
  • Comment ces deux dynamiques, ces deux concepts se voient-ils à travers le regard de l’autre?
  • Et donc, comment deviennent-ils partenaires dans cette relation? Une exploration peut alors commencer.

Ce regard permet d’envisager l’entreprise comme l’entité au sein de laquelle ces deux polarités existent.

De la même manière, quelle nouvelle perception de l’entreprise peut-on avoir en se demandant ce qui se passe entre les activités ludiques des séminaires tant critiqués dans l’essai, par exemple, et les fameux objectifs à atteindre. Qu’est ce que les unes font apparaitre des autres, et inversement?

« Faire une écart, c’est sortir de la norme, procéder de façon incongrue, opérer quelque déplacement vis-à-vis de l’attendu et du convenu ». 

Première idée exploratoire

 Jouer, c’est sérieux! On joue  à « faire comme si ». Lorsqu’on joue, on a fait tomber certaines contraintes liées à la réalité physique (lieu/ temps/ identité…) mais on réalise les choses très sérieusement dans cette nouvelle réalité. Il s’agit de créer une nouvelle réalité temporaire.

  • Qu’est ce qui en entreprise relève de la réalité temporaire?
  • Comment faire pour ne pas la confondre  avec la réalité tout court?
  • Quels jeux se jouent en entreprise, dans la vie quotidienne ?
  • Quelles sont les différentes réalités temporaires qui sont crées et quelles créations en découlent?
  • Comment décide-t-on de participer à la construction d’une réalité temporaire?
  • Quelle part pour chacun?
  • Quel commun crée-t-on?
  • Comment faire le lien avec la réalité … tout court?
2ème idée exploratoire

Le jeu, c’est le royaume du « comment » de la représentation, et non du « pourquoi » (le pourquoi étant donné dans la règle du jeu). Le jeu serait-il le royaume des managers dont le rôle consiste à trouver avec leurs équipes les manières d’atteindre les objectifs? Que dirions-nous de l’entreprise dans laquelle le travail quotidien serait un jeu et le séminaire annuel le moment sérieux de l’année? 

3ème idée exploratoire

la tension qui apparait entre « des séminaires ludiques » et des « objectifs à atteindre »imprègne tous les comportements et tous les usages de l’entreprise. S’amuser ensembles, être sérieux individuellement… Se jouer des contraintes  individuellement, faire équipe ensemble… Envoyer des mails sur les objectifs sans tenir compte des règles du jeu de la communication…

Une conclusion

De ces pensées nées de la rencontre inopinée des ces deux livres dans le même temps je retiens l’idée que la Comédie (in)humaine a le grand mérite de nous proposer des polarités franches qu’il nous appartient, à nous lecteurs, de mettre en distance – et non en distinction- pour aller s’aventurer dans l’entre des choses, là ou tout se passe dans la réalité quotidienne et concrète des entreprises.

En pensant à l’entreprise, je pense à ce foyer d’altérité – véritable question de management- qu’elle représente, et je ne peux m’empêcher d’avoir encore une fois en tête la fameuse devise de la Comédie Française, « Simul et Singulis », être ensemble et être soi-même…En même temps. Au regard de L’écart et l’entre, tout ce qui est contenu entre simul et singulis me semble d’une richesse sans fin.

Qu’est-ce que le coaching ? (et qu’est-ce que le coaching systémique?!)

Quelques années après avoir commencé à me former au coaching puis à le pratiquer et enfin à l’exercer comme métier, je me rends compte qu’il est toujours aussi délicat d’expliquer ce que c’est, et en quoi cela consiste concrètement.

« Une relation suivie pour atteindre ses objectifs », « une pratique sur l’art du questionnement », un « accompagnement des personnes et des groupes dans la définition et l’atteinte de leurs objectifs », « ..dans le développement de leurs potentiels », etc.

Ces définitions sont faites par des coachs pour les coachs.

C’est comme si j’expliquais à des stagiaires  le métier de formatrice en disant : »c’est l’art de la pédagogie au service de la connaissance des stagiaires ». Que comprendraient-ils vraiment?

Le coaching c’est un accompagnement.

C’est pour moi le centre de gravité du coaching. On pourra toujours par la suite rajouter des subtilités, des différences, ou des précisions. Mais avant toute chose nous parlons du fait d’accompagner et d’être accompagné. De marcher à deux ou à plusieurs sur un même chemin, dans une même direction, choisie par le client.

Il y a parfois des circonstances où l’on ne souhaite pas, où l’on ne peut pas faire la route tout seul.

À ce moment là, le coaching consiste à :

1- Accompagner quelqu’un à sortir d’une situation dans laquelle il se sent bloqué;

  • j’ai un problème avec une personne de mon équipe
  • je n’ai pas confiance en moi en réunion et je n’ose pas prendre la parole
  • mon équipe n’est pas impliquée et ça me met hors de moi
  • j’ai mon permis mais j’ai peur de conduire

2- Accompagner quelqu’un sur le chemin du développement d’une compétence  ou d’un objectif précis;

  • j’ai eu une promotion, je voudrais adapter mon style de management
  • je souhaite changer de travail
  • je suis freelance et je souhaiterais développer mon identité professionnelle
  • je souhaite que mes employés soient plus autonomes

3-Accompagner quelqu’un qui est dans le flou ou dans une grande émotion à y voir plus clair.

  • je n’ai pas été choisi pour le poste dont je rêvais et tout s’est écroulé, je n’ai plus goût à rien.
  • je sens bien que ce serait le moment de changer de travail, mais je ne sais vraiment pas si c’est ce que je veux au fond et ça m’angoisse;
  • Je suis en conflit avec un membre de ma famille et je le vis très mal.

Dans tous les cas il s’agit d’accompagner la personne à d’identifier ce qui l’empêche d’atteindre la situation qu’elle souhaite, puis de poursuivre le chemin en testant stratégiquement les solutions pour y parvenir. 

Le coaching systémique c’est un accompagnement  stratégique et pragmatique
NB: il y a beaucoup de manière de pratiquer le coaching et de grands courants de pratiques. Certains correspondront mieux à certaines personnes. Il est important de se diriger vers ce qui nous convient le mieux.

Le coaching »systémique « est un accompagnement qui fonde ses principes sur la théorie des systèmes et sur le constructivisme. Sans rentrer dans les détails (même s’ils sont passionnants..) je voudrais insister sur 3 aspects particuliers que ces principes impriment sur l’accompagnement, et qui sont très concrets pour la personne coachée:

1- l’accompagnement systémique se concentre sur les INTERACTIONS de la personne avec son entourage, avec son environnement…et avec elle-même;

autrement dit, elle ne s’intéresse pas au passé, ni aux catégories psychologiques (les profils de personnalité par exemple), ni aux classifications médicales. « Venez comme vous êtes »en quelques sorte!

Du côté coach cela signifie que pour observer ces interactions, il va falloir plonger dans la vision du monde de son client, et non pas chercher à lui imposer ses propres croyances ou ses propres normes. Non seulement cette approche est infiniment respectueuse des personnes, mais elle n’autorise que des accompagnements uniques et sur-mesure.

2- L’accompagnement systémique est stratégique; il propose aux personnes – et parfois de manière qui peut sembler très bizarre– d’arrêter de faire ce qui leur semble logique pour remédier à leur problème. Dur!

Et comme renoncer à une certaine logique ne peut pas être un processus uniquement intellectuel,  cela  doit passer par des actions permettant de vivre une expérience différente pour percevoir les choses différemment.  Il arrive donc que le coach  au cours de l’accompagnement systémique, donne à son client des tâches à effectuer. Et forcément ces tâches peuvent parfois sembler  paradoxales.

Beaucoup d’émotions accompagnent ces progressions sur le chemin.

3- l’accompagnement systémique est très pragmatique.

De même qu’il n’y a pas de jugement et donc pas de coupables, il y a ce qui fonctionne et ce qui ne fonctionne pas. On pratique et on se concentre sur des prototypes de solutions, que l’on améliore, que l’on corrige ou affine, jusqu’à ce que la personne puisse arriver là où elle souhaite. C’est un accompagnement éminemment créatif .

Ça peut être très rapide comme cela peut demander un peu de temps.

Le coaching systémique est une approche que l’on peut qualifier de « minimaliste » car elle cherche la plus petite action qui amènera le plus de changement!

Le coaching systémique utilise donc des outils spécifiques
  •  l’observation à la manière d’un anthropologue qui demande de ne rien changer pour mieux observer le système;
  • la modélisation qui permet et schématiser les interactions entre les acteurs du système;
  • le recadrage qui permet de changer de point de vue pour donner une autre sens à la situation vécue;
  • la recherche du « dénominateur commun » à toutes les solutions inopérantes jusque là;
  • le blocage de ces solutions inopérantes;
  • des prescriptions de symptôme pour ne plus en avoir peur!
  • l’injection dans le système d’éléments nouveaux pour observer les changements provoqués.

Le coaching systémique est un accompagnement qui cherche à soulager rapidement, puis à bloquer certaines « issues connues » pour créer des appels d’air vers d’autres possibilités, d’autres ressources. En cela il s’agit d’une démarche à la fois stratégique et respectueuse. 

Vous souhaitez en savoir plus sur le coaching systémique?

à partir du 3 septembre 2018, je propose des créneaux de découverte pour répondre à toutes vos questions et pour vous présenter mon accompagnement.

LE LUNDI MATIN ET LE VENDREDI MATIN

ENTRE 9H00 ET 13 H00

N’hésitez pas à prendre rendez-vous!

L’Atelier de retour d’expérience

Figure imposée des manuels de management de projet, le REX  ou AREX (atelier de retour d’expérience) est  souvent méconnu et sous-utilisé. Pourtant, c’est un outil de management réflexif très puissant, une méthode d’apprentissage, et aussi un temps de reconnaissance au sens propre. 

C’est également un outil de régulation du système (l’équipe, l’entreprise..), c’est-à-dire qui permet d’avancer de manière pragmatique, souple, et créative plutôt que  faire « toujours plus de la même chose » sans savoir quoi faire des dysfonctionnements constatés.

Le REX permet de quitter la conformité pour aller vers la cohérence.

À  quoi cela sert-il?

Il s’agit de prendre conscience et de modéliser ce qui a été efficace, mais aussi d’ imaginer la manière d’améliorer ce qui a moins bien fonctionné; et ainsi, petit à petit, apprendre et progresser, individuellement et collectivement.

Le plus souvent on l’organise à la fin d’un projet avant d’en commencer un autre,  lorsque l’on veut mettre au point certaines pratiques, ou résoudre un problème.

Un retour d’expérience se pratique sous la forme d’un atelier avec des objectifs concrets définis . Comme tout atelier, celui-ci se prépare, s’organise et doit être suivi.

Pourquoi c’est très puissant?
  • Parce que cela permet de faire remonter du terrain la réalité des choses, et que cette réalité est la matière première indispensable à toute réflexion ou toute stratégie; ça garantit en quelque sorte, de ne pas faire de contre-sens sur une pratique.
  • Parce que cela permet d’avoir un vision globale sur un projet, une situation, un processus.
  • Parce qu’un REX travaille sur les faits, les fonctionnements, les savoirs, les savoirs-faire, et les comportements, ce qui  participe à enrichir la culture de l’entreprise et affiner son identité.
  • Parce que le but n’est pas de comprendre pourquoi il y a des dysfonctionnements, mais quoi faire pour améliorer le processus.
  • Parce que cela répond à des besoins.
Comment organiser un AREX?

1ère étape : la discussion avec le commanditaire

Au démarrage du dernier AREX que j’ai animé auprès d’une équipe dans le secteur du BTP, voici les points saillants qui sont ressortis: l’équipe d’une vingtaine de personne avait travaillé sur un projet national impliquant des communication à distance entre les membres pendant un an, selon de nouvelles méthodes de management de projet, et sous la conduite d’un chef de projet dédié.

Les enjeux principaux de ce retour d’expérience étaient, à la fin de la discussion avec le commanditaire:

  • la possibilité pour les personnes de l’équipe de s’exprimer sans tabou;
  •  faire le parallèle entre l’apprentissage et la mise en pratique;
  • un plan d’action concret pour ancrer les bonnes pratiques.

2ème étape : la construction de l’atelier

Les trois thématiques retenues pour organiser les réflexions étaient:

  • Ce qui relève du travail en équipe (compétences comportementales, synergie)
  • Ce qui relève des outils (mis en place ou non)
  • Ce qui relève du rôle et de la posture du chef de projet

3ème étape: l’animation de la séance

L’atelier comporte quatre étapes:

  • la clarification des objectifs
  • le recueil des informations et de l’expression des participants
  • la formulation de propositions
  • la définition des actions à lancer
Et qu’est-ce qu’on en retient?

Le groupe s’est réuni avec deux élans : la joie collective de se retrouver ensembles au même moment (je rappelle que cette équipe est disséminée sur toute la France), et en même temps la peur individuelle d’être jugée dans ses pratique professionnelles;

Une équipe qui a besoin de parler, de « vider son sac »

C’est d’autant plus interessant que le projet sur laquelle elle a travaillé s’est bien passé et a été livré comme convenu. Les personnes se sont bien entendues et ont bien travaillé ensembles. Donc ce besoin n’est pas lié à un résultat.

Les personnes ont eu « peur de ne pas y arriver d’une part », et ont été « maltraités par les clients » d’autre part. Partager cela, leur a permis de formuler par la suite des propositions concrètes sur le soutien dont ils avaient besoin et  d’envisager un temps dans leur réunions consacré à la réassurance sur des sujets liés à la techniques, liés à la réglementation, mais aussi liés à la relation avec le client et avec la hiérarchie.

Une équipe qui partage ses tours de main

Les propositions de travail qui ont été faites à l’issu du recueil des informations sont les suivantes:

  • travailler la communication
  • bien assimiler les attentes du contrat
  • créer un outil de gestion de projet commun
  • centraliser les fichiers clients
  • rendre les conf-call plus efficaces
  • désigner des référents techniques et des référents métiers par mission

Ces propositions peuvent sembler très classiques synthétisées de la sorte; mais elles sont le fruit d’informations, de faits, de comportements ou de processus qui ont été vécus qui sont exprimés concrètement; elles projettent les personnes dans un futur souhaité pragmatique, issu de cette première l’expérience de travail en commun.

Ce qui a été partagé ici ne sont pas des grands thèmes de management, mais des questions qui ont été soulevées par l’observation des connaissances de chacun, de la manière de faire de certains, et de l’impact que tout cela avait sur les différents acteurs du projet. (vision globale du projet)

Une équipe suivie

Sur ces six propositions, 3 ont été choisies pour être approfondies et donner lieu à de véritables plans d’action.

On le sait, le risque de ces ateliers de travail réside dans le suivi qui est fait ou non des propositions émises par le groupe. Si les plans ne sont pas suivis d’action, l’atelier aura perdu toute crédibilité, et ne se réunira plus.

Or c’est dans la répétition des AREX que se trouve la capacité des personnes à se réguler en autonomie, d’exercer leur souplesse et leurs créativité pour créer une dynamique (une gymnastique!) de progression pas à pas.

Lors de cet atelier, le responsable de l’équipe a assisté aux échanges et au travail. Il a travaillé avec le groupe, a découvert plusieurs aspects de la mission dont il n’avait pas conscience, a pris des notes, et, à la fin de l’atelier a proposé à son tour son plan d’action pour soutenir les plans d’action qui avaient été présentés.

L’équipe se sentait suffisamment mûre pour souhaiter cette présence, et de son coté la direction était claire sur sa volonté de participer à faire progresser son équipe.

En conclusion

Un AREX est un formidable moyen de travailler en commun sur des objectifs  précis et en même temps sortir du cadre de la production quotidienne. Cela permet de fabriquer des modèles à partir des expériences, c’est-à-dire de créer ses outils à sa main.

Il y a la-dedans quelque chose qui relève de la culture et qui construit petit à petit son identité propre et unique à une équipe, et à une entreprise.

[ENTREPRISES] Embauchez des créatifs!

Ou si le fait d’attirer des créatifs était le signe que la transformation de votre entreprise a déjà commencé. 

Innovation, changement, transformation…c’est  nécéssaire et c’est complexe.

La remise en question des fonctionnements traditionnels en entreprise est devenu un enjeu majeur et une priorité urgente. Imposée aux esprits par la transformation digitale, par la nécessité de travailler de manière plus agile, par l’accélération des moyens de communication, par la place au coeur du système que prend le client ou l’utilisateur,  et par les métamorphoses des écosystèmes, elle oblige les entreprises à évoluer, à innover et repenser fondamentalement leurs organisations, et leurs modes de management. 

Ces projets de transformations se passent à différents niveaux : organisation, processus, business model d’un côté, pratiques professionnelles, compétences et culture de l’autre.

L’intégration de la génération Y (et X) à l’entreprise est alors souvent considérée comme facteur d’innovation grâce son aisance avec la technologie et les réseaux sociaux, grâce à sa recherche permanente de liberté et de créativité et surtout sa conviction que l’innovation technologique est le moteur de l’innovation .

Or, le critère de génération ne suffit pas pour générer des innovations propres à transformer à la fois l’organisation et la culture de l’entreprise en profondeur.

  • « L ’attribution de comportements selon un âge stéréotype, induit des préjugés et ne prend en compte ni les caractéristiques propres à chaque personnalité, ni l’évolution de l’individu dans le temps. 
  • La dimension spatiale est absente alors que l’on sait que grandir à Paris ou à Beauvais n’aura pas le même impact sur la construction de la personnalité* ». (*Innovation Managériale

Cette conception de génération associant l’innovation à la génération Y (puis X et bientôt Alpha) exclut également de facto les générations précédentes de ce processus de transformation, ce qui me semble tout-à-fait réducteur (Une étude ayant récemment démontré que la génération des 30 – 35 ans était la plus demandeuse de transformation et d’apprentissage en matière d’innovation technologique).

Et surtout un grand frein au changement.

Donc arrêtons de nous focaliser sur la manière de gérer les Y , et demandons-nous qui sont vraiment les porteurs d’innovation?

En 2002, aux Etats-Unis, un géographe-urbaniste – Richard Florida- propose une thèse décapante, qui développe l’idée selon laquelle il existe une corrélation directe entre un haut niveau de développement économique dans une ville, et la présence d’une certaine population urbaine, qualifiée connectée et créative. Pour définir cette population, il invente le concept de « classe créative ».

Bien que ces personnes appartiennent  en majorité à la génération Y, La classe créative dépasserait largement ce critère et rassemblerait

 « Tous ces gens dont la fonction est de créer de nouvelles idées, de nouvelles technologies et du contenu créatif » (* "The Rise of the creative class"-R.Florida 2002 )

Autre différence avec la génération Y, la « classe creative » ( à la manière d’une classe sociale) se rassemblerait spontanément et attirerait les différents groupes qui la structurent à la manière du processus de « fertilisation » qui apporterait à l’endroit où elle se retrouve tous les ingrédients nécéssaire à sa croissance.

Si une entreprise peut les attirer, quel potentiel de développement et de transformation! 

Qui sont les créatifs? Des artistes autant que des ingénieurs…

Ce sont les « travailleurs du savoir » ( Drucker 1969), les agents du changement » (Carter, 1994) dont le rôle productif est entièrement voué à susciter et à encadrer l’innovation.

« La classe créative » symbolise principalement la réunion des compétences, de l’art et de l’ouverture d’esprit. (*dans sa thèse, R. Florida mesure l’ aptitude à la tolérance qui caractérise la creative class par le nombre d’homosexuels présents sur le territoire occupé par les créatifs) 

La « classe créative » est ainsi composée de l’ensemble des individus occupant une profession mobilisant la créativité pour accomplir les tâches productives nécessaire à son exercice. Florida (ibid., 332)

  • Ils apportent avec eux des comportements sociaux créatifs en développant de nouveaux usages
  • Ils créent des communautés apprenantes, convaincus que l’apprentissage est collectif
  • Ils transforment le management et l’aménagement des lieux de travail
  • Ils apportent le développement culturel et artistique au coeur de l’entreprise. 

Depuis 1990, ces professions creatives ont croissance explosive: «The rise of the creative class charts the growth in people who are paid principally to do creative work for a living. These are scientists, engineers, artists, musicians, designers and knowledge based professionals, whom collectively I call “Creative Class”( Forida, 2002) 

Que veulent-ils? La tolérance à la diversité et l’accès à internet.

La classe créative a besoin d’un climat particulier pour s’installer et « coloniser » une ville ou une entreprise.

Tout d’abord la présence d’art dans leur écosystème, puis l’accès aux autres Métiers qui les attirent, et à la Technologie; qualité de vie, ouverture et tolérance à la diversité sont les les valeurs qui les accompagnent.

Belle feuille de route de transformation!

Et vous: attirez-vous les créatifs? 

Voici les 10 choses fondamentales à faire pour attirer et rassembler la « classe créative » (*d’après le Memphis Manifesto) 

  1. Cultiver et récompenser la créativité: chacun fait partie de la chaine de la créativité. La créativité peut advenir n’importe quand, n’importe où, et est en train de se produire dans votre entreprise en ce moment. Regardez-bien
  2. Investissez dans l’écosystème créatif qui inclut les arts, la culture, la vie nocturne, la scène musicale, les restaurants, les artistes, les designers, les innovateurs, les entrepreneurs , les espaces abordables et accessibles, un environnement agréable, spiritualité, éducation, densité, espaces publics et tiers-lieux.
  3. Embrassez la diversité. Elle donne naissance à la créativité, à l’innovation, à l’économie positive. La diversité des personnes contribue à la diversité des idées, des expressions, des talents et des perspectives qui enrichissent les communautés.
  4. Nourrissez les créatifs. Mettez en valeur les connecteurs. Collaborez et soyez compétitifs en embarquant tout le monde.
  5. Valorisez la prise de risque. Convertissez un climat de « NON » en un  climat de « OUI ». Investissez dans la recherche d’opportunité, et non seulement dans la résolution de problème. Puisez la créativité dans les talents, la technologie et l’énergie de votre communauté.Challenger la sagesse conventionnelle.
  6. Soyez authentique. Identifiez votre valeur unique. Osez être différent des autres communautés, réussites à la monoculture et à l’homogénéité. Chaque communauté peut être la bonne communauté.
  7. Investissez dans la qualité de vos locaux. Arts culture, espaces verts et ouverts, quartiers vibrants et centres d’apprentissage peuvent être conçus et renforcés. Ils participeront à faire des communautés plus compétitives que jamais car ils créeront plus d’opportunités que jamais d’avoir de meilleures idées.
  8. Abattez les barrières à la créativité comme la médiocrité, l’intolérance, la déconnection des personnes et des espaces, les mauvaises formations, et les dégradations sociales et spatiales.
  9. Prenez la responsabilité du changement dans votre communauté. Improvisez. Faites que les choses se fassent.
  10. Assurez vous que tout le monde à le droit à la créativité qui est la ressource fondamentale de la communauté

La créative classe est un concept né pour comprendre la géographie de l’innovation. Mais sa transposition sur le territoire de l’entreprise ouvre des pistes pour les projets de transformation des entreprises. Qu’est-ce que cela vous inspire pour votre propre projet?