La co-université de l’intelligence collective

Je suis très heureuse d’avoir participé à la 1ère édition de la « co-université de l’intelligence collective » le 29 août dernier, en animant un atelier de co-développement systémique!

L’atelier

Cette approche, qui a été mise au point par le SI Institut (https://www.si-institut.com) se propose de croiser l’approche classique du co-développement avec des grilles de lecture issues de l’approche systémique sur les situations proposées par les membres du groupe.

L’originalité de cette approche c’est de  poser un regard nouveau sur les situations vécues et accompagnées; Au moment du contrat, les outils et l’analyse systémiques permettent d’induire et faciliter l’émergence de solutions innovantes qui ne suivent pas forcément le schéma analytique classique. Cela va ouvrir de nouvelles possibilités de changement, adaptées à chaque situation, et chaque environnement.

C’est également une sensibilisation à la systémique très concrète, et la possibilité de dupliquer en situations réelles.

 

Sketchnote  by  P.Rilos

Bravo à Mensch collective et UP & CO pour l’intention l’organisation et l’énergie décuplée par les belles rencontres! Merci à tous les participants pour la générosité de leurs contributions.

Qu’est-ce que le coaching ? (et qu’est-ce que le coaching systémique?!)

Quelques années après avoir commencé à me former au coaching puis à le pratiquer et enfin à l’exercer comme métier, je me rends compte qu’il est toujours aussi délicat d’expliquer ce que c’est, et en quoi cela consiste concrètement.

« Une relation suivie pour atteindre ses objectifs », « une pratique sur l’art du questionnement », un « accompagnement des personnes et des groupes dans la définition et l’atteinte de leurs objectifs », « ..dans le développement de leurs potentiels », etc.

Ces définitions sont faites par des coachs pour les coachs.

C’est comme si j’expliquais à des stagiaires  le métier de formatrice en disant : »c’est l’art de la pédagogie au service de la connaissance des stagiaires ». Que comprendraient-ils vraiment?

Le coaching c’est un accompagnement.

C’est pour moi le centre de gravité du coaching. On pourra toujours par la suite rajouter des subtilités, des différences, ou des précisions. Mais avant toute chose nous parlons du fait d’accompagner et d’être accompagné. De marcher à deux ou à plusieurs sur un même chemin, dans une même direction, choisie par le client.

Il y a parfois des circonstances où l’on ne souhaite pas, où l’on ne peut pas faire la route tout seul.

À ce moment là, le coaching consiste à :

1- Accompagner quelqu’un à sortir d’une situation dans laquelle il se sent bloqué;

  • j’ai un problème avec une personne de mon équipe
  • je n’ai pas confiance en moi en réunion et je n’ose pas prendre la parole
  • mon équipe n’est pas impliquée et ça me met hors de moi
  • j’ai mon permis mais j’ai peur de conduire

2- Accompagner quelqu’un sur le chemin du développement d’une compétence  ou d’un objectif précis;

  • j’ai eu une promotion, je voudrais adapter mon style de management
  • je souhaite changer de travail
  • je suis freelance et je souhaiterais développer mon identité professionnelle
  • je souhaite que mes employés soient plus autonomes

3-Accompagner quelqu’un qui est dans le flou ou dans une grande émotion à y voir plus clair.

  • je n’ai pas été choisi pour le poste dont je rêvais et tout s’est écroulé, je n’ai plus goût à rien.
  • je sens bien que ce serait le moment de changer de travail, mais je ne sais vraiment pas si c’est ce que je veux au fond et ça m’angoisse;
  • Je suis en conflit avec un membre de ma famille et je le vis très mal.

Dans tous les cas il s’agit d’accompagner la personne à d’identifier ce qui l’empêche d’atteindre la situation qu’elle souhaite, puis de poursuivre le chemin en testant stratégiquement les solutions pour y parvenir. 

Le coaching systémique c’est un accompagnement  stratégique et pragmatique
NB: il y a beaucoup de manière de pratiquer le coaching et de grands courants de pratiques. Certains correspondront mieux à certaines personnes. Il est important de se diriger vers ce qui nous convient le mieux.

Le coaching »systémique « est un accompagnement qui fonde ses principes sur la théorie des systèmes et sur le constructivisme. Sans rentrer dans les détails (même s’ils sont passionnants..) je voudrais insister sur 3 aspects particuliers que ces principes impriment sur l’accompagnement, et qui sont très concrets pour la personne coachée:

1- l’accompagnement systémique se concentre sur les INTERACTIONS de la personne avec son entourage, avec son environnement…et avec elle-même;

autrement dit, elle ne s’intéresse pas au passé, ni aux catégories psychologiques (les profils de personnalité par exemple), ni aux classifications médicales. « Venez comme vous êtes »en quelques sorte!

Du côté coach cela signifie que pour observer ces interactions, il va falloir plonger dans la vision du monde de son client, et non pas chercher à lui imposer ses propres croyances ou ses propres normes. Non seulement cette approche est infiniment respectueuse des personnes, mais elle n’autorise que des accompagnements uniques et sur-mesure.

2- L’accompagnement systémique est stratégique; il propose aux personnes – et parfois de manière qui peut sembler très bizarre– d’arrêter de faire ce qui leur semble logique pour remédier à leur problème. Dur!

Et comme renoncer à une certaine logique ne peut pas être un processus uniquement intellectuel,  cela  doit passer par des actions permettant de vivre une expérience différente pour percevoir les choses différemment.  Il arrive donc que le coach  au cours de l’accompagnement systémique, donne à son client des tâches à effectuer. Et forcément ces tâches peuvent parfois sembler  paradoxales.

Beaucoup d’émotions accompagnent ces progressions sur le chemin.

3- l’accompagnement systémique est très pragmatique.

De même qu’il n’y a pas de jugement et donc pas de coupables, il y a ce qui fonctionne et ce qui ne fonctionne pas. On pratique et on se concentre sur des prototypes de solutions, que l’on améliore, que l’on corrige ou affine, jusqu’à ce que la personne puisse arriver là où elle souhaite. C’est un accompagnement éminemment créatif .

Ça peut être très rapide comme cela peut demander un peu de temps.

Le coaching systémique est une approche que l’on peut qualifier de « minimaliste » car elle cherche la plus petite action qui amènera le plus de changement!

Le coaching systémique utilise donc des outils spécifiques
  •  l’observation à la manière d’un anthropologue qui demande de ne rien changer pour mieux observer le système;
  • la modélisation qui permet et schématiser les interactions entre les acteurs du système;
  • le recadrage qui permet de changer de point de vue pour donner une autre sens à la situation vécue;
  • la recherche du « dénominateur commun » à toutes les solutions inopérantes jusque là;
  • le blocage de ces solutions inopérantes;
  • des prescriptions de symptôme pour ne plus en avoir peur!
  • l’injection dans le système d’éléments nouveaux pour observer les changements provoqués.

Le coaching systémique est un accompagnement qui cherche à soulager rapidement, puis à bloquer certaines « issues connues » pour créer des appels d’air vers d’autres possibilités, d’autres ressources. En cela il s’agit d’une démarche à la fois stratégique et respectueuse. 

Vous souhaitez en savoir plus sur le coaching systémique?

à partir du 3 septembre 2018, je propose des créneaux de découverte pour répondre à toutes vos questions et pour vous présenter mon accompagnement.

LE LUNDI MATIN ET LE VENDREDI MATIN

ENTRE 9H00 ET 13 H00

N’hésitez pas à prendre rendez-vous!

L’Atelier de retour d’expérience

Figure imposée des manuels de management de projet, le REX  ou AREX (atelier de retour d’expérience) est  souvent méconnu et sous-utilisé. Pourtant, c’est un outil de management réflexif très puissant, une méthode d’apprentissage, et aussi un temps de reconnaissance au sens propre. 

C’est également un outil de régulation du système (l’équipe, l’entreprise..), c’est-à-dire qui permet d’avancer de manière pragmatique, souple, et créative plutôt que  faire « toujours plus de la même chose » sans savoir quoi faire des dysfonctionnements constatés.

Le REX permet de quitter la conformité pour aller vers la cohérence.

À  quoi cela sert-il?

Il s’agit de prendre conscience et de modéliser ce qui a été efficace, mais aussi d’ imaginer la manière d’améliorer ce qui a moins bien fonctionné; et ainsi, petit à petit, apprendre et progresser, individuellement et collectivement.

Le plus souvent on l’organise à la fin d’un projet avant d’en commencer un autre,  lorsque l’on veut mettre au point certaines pratiques, ou résoudre un problème.

Un retour d’expérience se pratique sous la forme d’un atelier avec des objectifs concrets définis . Comme tout atelier, celui-ci se prépare, s’organise et doit être suivi.

Pourquoi c’est très puissant?
  • Parce que cela permet de faire remonter du terrain la réalité des choses, et que cette réalité est la matière première indispensable à toute réflexion ou toute stratégie; ça garantit en quelque sorte, de ne pas faire de contre-sens sur une pratique.
  • Parce que cela permet d’avoir un vision globale sur un projet, une situation, un processus.
  • Parce qu’un REX travaille sur les faits, les fonctionnements, les savoirs, les savoirs-faire, et les comportements, ce qui  participe à enrichir la culture de l’entreprise et affiner son identité.
  • Parce que le but n’est pas de comprendre pourquoi il y a des dysfonctionnements, mais quoi faire pour améliorer le processus.
  • Parce que cela répond à des besoins.
Comment organiser un AREX?

1ère étape : la discussion avec le commanditaire

Au démarrage du dernier AREX que j’ai animé auprès d’une équipe dans le secteur du BTP, voici les points saillants qui sont ressortis: l’équipe d’une vingtaine de personne avait travaillé sur un projet national impliquant des communication à distance entre les membres pendant un an, selon de nouvelles méthodes de management de projet, et sous la conduite d’un chef de projet dédié.

Les enjeux principaux de ce retour d’expérience étaient, à la fin de la discussion avec le commanditaire:

  • la possibilité pour les personnes de l’équipe de s’exprimer sans tabou;
  •  faire le parallèle entre l’apprentissage et la mise en pratique;
  • un plan d’action concret pour ancrer les bonnes pratiques.

2ème étape : la construction de l’atelier

Les trois thématiques retenues pour organiser les réflexions étaient:

  • Ce qui relève du travail en équipe (compétences comportementales, synergie)
  • Ce qui relève des outils (mis en place ou non)
  • Ce qui relève du rôle et de la posture du chef de projet

3ème étape: l’animation de la séance

L’atelier comporte quatre étapes:

  • la clarification des objectifs
  • le recueil des informations et de l’expression des participants
  • la formulation de propositions
  • la définition des actions à lancer
Et qu’est-ce qu’on en retient?

Le groupe s’est réuni avec deux élans : la joie collective de se retrouver ensembles au même moment (je rappelle que cette équipe est disséminée sur toute la France), et en même temps la peur individuelle d’être jugée dans ses pratique professionnelles;

Une équipe qui a besoin de parler, de « vider son sac »

C’est d’autant plus interessant que le projet sur laquelle elle a travaillé s’est bien passé et a été livré comme convenu. Les personnes se sont bien entendues et ont bien travaillé ensembles. Donc ce besoin n’est pas lié à un résultat.

Les personnes ont eu « peur de ne pas y arriver d’une part », et ont été « maltraités par les clients » d’autre part. Partager cela, leur a permis de formuler par la suite des propositions concrètes sur le soutien dont ils avaient besoin et  d’envisager un temps dans leur réunions consacré à la réassurance sur des sujets liés à la techniques, liés à la réglementation, mais aussi liés à la relation avec le client et avec la hiérarchie.

Une équipe qui partage ses tours de main

Les propositions de travail qui ont été faites à l’issu du recueil des informations sont les suivantes:

  • travailler la communication
  • bien assimiler les attentes du contrat
  • créer un outil de gestion de projet commun
  • centraliser les fichiers clients
  • rendre les conf-call plus efficaces
  • désigner des référents techniques et des référents métiers par mission

Ces propositions peuvent sembler très classiques synthétisées de la sorte; mais elles sont le fruit d’informations, de faits, de comportements ou de processus qui ont été vécus qui sont exprimés concrètement; elles projettent les personnes dans un futur souhaité pragmatique, issu de cette première l’expérience de travail en commun.

Ce qui a été partagé ici ne sont pas des grands thèmes de management, mais des questions qui ont été soulevées par l’observation des connaissances de chacun, de la manière de faire de certains, et de l’impact que tout cela avait sur les différents acteurs du projet. (vision globale du projet)

Une équipe suivie

Sur ces six propositions, 3 ont été choisies pour être approfondies et donner lieu à de véritables plans d’action.

On le sait, le risque de ces ateliers de travail réside dans le suivi qui est fait ou non des propositions émises par le groupe. Si les plans ne sont pas suivis d’action, l’atelier aura perdu toute crédibilité, et ne se réunira plus.

Or c’est dans la répétition des AREX que se trouve la capacité des personnes à se réguler en autonomie, d’exercer leur souplesse et leurs créativité pour créer une dynamique (une gymnastique!) de progression pas à pas.

Lors de cet atelier, le responsable de l’équipe a assisté aux échanges et au travail. Il a travaillé avec le groupe, a découvert plusieurs aspects de la mission dont il n’avait pas conscience, a pris des notes, et, à la fin de l’atelier a proposé à son tour son plan d’action pour soutenir les plans d’action qui avaient été présentés.

L’équipe se sentait suffisamment mûre pour souhaiter cette présence, et de son coté la direction était claire sur sa volonté de participer à faire progresser son équipe.

En conclusion

Un AREX est un formidable moyen de travailler en commun sur des objectifs  précis et en même temps sortir du cadre de la production quotidienne. Cela permet de fabriquer des modèles à partir des expériences, c’est-à-dire de créer ses outils à sa main.

Il y a la-dedans quelque chose qui relève de la culture et qui construit petit à petit son identité propre et unique à une équipe, et à une entreprise.

Sessions de créativité en école d’ingénieurs

Pendant deux semaines, je suis intervenue auprès d’élèves en écoles d’ingénieurs pour des sessions de créativité, une conférence sur la communication, et une journée de mentorat de projet.

Voici plusieurs de mes réflexions sur les élèves, sur moi-même, sur la notion de créativité, sur ce que certains appellent la génération Y; sur des séances en petit groupe, en classe entière, en amphi… Une expérience riche en découvertes, parfois en déconvenues, en intensité, et en sincérité.

Des jeunes gens courageux

Lorsque j’ai présenté aux étudiants le programme de ce que nous allions faire ensemble, certains se sont décomposés: Appliquer à leurs projets d’innovation en cours, des techniques de créativité, afin d’enrichir leur réflexion, et faire avancer leurs projets à partir d’idées neuves.

Et la première technique proposée, -un exercice de divergence- était celle des « mots inductifs ». Il s’agit en  face d’une problématique formulée précisément (celle de leur projet) de placer un mot choisi au hasard dans une liste de mots particulièrement évocateurs (liste des chercheurs  Kent&Rosanoff). Evidemment le mot en question n’a strictement aucun rapport avec leur problématique… Et de cette rencontre, nait, par analogie, par association, par lâcher-prise, … des nouvelles idées souvent inattendues. .

De  de la créativité? Pour trouver de nouvelles façons de voir, de nouvelles idées? Voici certaines des réflexions spontanées qu’ils ont eu:

  • mais si on trouve plein d’idées comment savoir laquelle sera la bonne?
  • et si nos idées ne sont pas bonnes, comment sera -t-on évalués?
  • comment peut-on trouver une idée s’il n’y a pas de cahier des charges?
  • comment la créativité peut-elle nous aider à trouver des solutions techniques?
  • et si les idées que nous allons trouver remettent en cause notre projet?
  • et si nous ne trouvons pas de nouvelles idées?

J’ai été frappée par leur inquiétude; par le danger que représentait la « prise de risque », par la peur de ne pas être « bons », de ne pas savoir apporter de solution. Par leur inquiétude sur le temps. Finalement ce qu’ils craignent le plus c’est d’avoir à revenir en arrière sur leurs projets. Leur processus est linéaire, et refuse toute itération. Bref, ils ont peur de casser ce qu’ils ont peiné à mettre en place, quitte à renoncer à une pensée plus innovante, plus riche ou tout simplement différente.

Un exercice comme celui-là, lorsqu’il est découvert et pratiqué pour la première fois demande du lâcher-prise, et je me suis rendue compte des efforts que cela leur demandait.

Et pourtant, ils y vont tous courageusement !

Ils jouent le jeu.. comme un jeu au départ (pour me faire plaisir? ) et petit-à-petit commencent à s’amuser, et par là même à produire toutes sortes d’idées.

À la fin de la séquence, tous se disent étonnées d’avoir su produire une grande quantité d’idées en peu de temps. À la fin de la séquence, je suis admirative de leur capacité à faire quelques chose qu’ils n’ont jamais fait, malgré leur inquiétude sur le résultat.

Auront-ils de nouveau ce courage, lorsque devant des problématiques d’entreprise, de management, des déconvenues techniques, ou des projets personnels en souffrance, ils devront trouver des solutions nécessairement créatives pour s’en sortir? Je l’espère bien. 

Où est la génération Y?

Cette génération qui devrait selon les articles,  être hyper connectée car née avec internet, accorder une place prépondérante aux réseaux, à l’équilibre vie privée- vie « pro », qui attendrait du travail un épanouissement personnel, et qui serait peu fidèle à l’entreprise mais très loyale envers son propre projet de vie.. Celle qui a besoin de travailler en équipe tout autant que de challenge personnel..je ne l’ai pas rencontrée.

Et ça c’est une grande surprise. Alors oui, ils travaillent tous avec un ordinateurs connecté en permanence à internet;

mais être branché à internet signifie-t-il que l’on sait se servir d’internet?

Leur projets d’innovation montrent que pour la plupart, la notion de « veille » n’est pas du tout questionnée. Je pressens que pour la plupart la question c’est de savoir « comment trouver » l’information; pour moi la question est bien de « savoir chercher » l’information.

La recherche est une science qui demande discipline, créativité et curiosité. 

En matière d’innovation, -de même que pour toutes les questions actuelles sur l’intelligence artificielle- la réflexion est mondiale.

Et même si tous les étudiants parlent lisent et comprennent l’anglais, je comprends petit à petit que leur terrain de recherche est français, puis américain, puis occidental, (le japon appartient à cette culture dite occidentale) puis.. c’est tout. Leur connaissance du continent Africain ou Indien est  partielle, morcelée ou caricaturale (avec une vision ONG ou folklorique). Or c’est pourtant là que tout se joue.

Le travail en équipe-projet est un must de formations techniques.

Je constate que les étudiants maîtrisent les outils du travail en équipe, et qu’ils sont très à l’aise avec la distribution des tâches et le partage d’information.  C’est un très bon début!

Mais -car il y a un mais!- j’assiste avec émotion à la scène suivante: pour les faire travailler en équipe sur une séquence de réunion avec la techniques des « Chapeaux de Bono », je leur demande de formuler très précisément à quel objectif ils souhaitent arriver à la fin de leur réunion. (avoir mis au point leur planning de rendu, choisir les axes à développer dans leur projet…). Le débriefing de l’expérience est sans appel: « ce qui nous a le plus surpris, c’est de constater à quel point le fait d’avoir des objectifs précis nous a permis d’avancer »…No comment.

De même je constate très rapidement qu’ils communiquent entre eux individuellement, mais que ne se dégage pas -peu-d’intelligence collective. Autrement dit que chacun apporte sa pierre personnelle à l’entreprise commune, mais qu’il leur est très compliqué de transformer cet amas de pierres en …mur. Ils ont du mal à s’écouter, et leur seule manière d’envisager leur avancée est le consensus. Et dés lors que le consensus n’est pas possible, j’assiste au désengagement de l’étudiant qui ne voit pas les choses de la même manière.

Cele nous donne -à nous formateurs- des pistes pour affiner l’intention de nos interventions. Pour imaginer de nouvelles expérimentations capables de les faire cheminer vers l’intelligence collective.

Car il y a  là une méconnaissance certaine de ce qu’est le « travail en équipe », un manque de culture sur la question que l’on pense régler par le bon sens général. Le travail en équipe s’apprend, se pratique. Quant au bon sens général dans ce domaine, il s’apparente souvent à la tyrannie ou au conformisme du politiquement correct. Nous nous trouvons là aux antipode de l’innovation.

Mon hypothèse c’est que dans la mesure ou, au final,  ils sont évalués individuellement, alors le travail en équipe n’est investi que pour ce qu’il va pourvoir apporter à chacun. Ceci étant c’est souvent le même schéma dans les entreprises dans lesquelles les étudiants font leur alternance, donc, pour eux c’est cohérent. Et en ce sens l’école remplit bien son contrat: les préparer à être opérationnels immédiatement en entreprise. (Et on ne peut qu’approuver lorsqu’on a connu comme moi à une autre époque des formations qui ne nous laissait pas présager de ce que nous allions trouver en entreprise… pour beaucoup ce passage se faisait dans la douleur.)

Mais les préparons-nous ainsi à l’entreprise de demain?

Pour nous formateurs, il y a des vraies questions sur les compétences que l’on doit apporter aux étudiants pour qu’ils puissent aborder le monde de demain bien équipés; or, le monde de demain sera collaboratif… et toutes les entreprises devront faire face à ce challenge.

La culture générale, la curiosité et le big data

Lors de ma journée de mentorat, j’ai assisté à la présentation des fameux projets d’innovation par les équipes d’étudiants.

J’ai vu des équipes « égalitaires » où la parole est donnée à chaque membre à part égale; des équipes délégataires, où la parole est donnée à celui qui s’exprime le mieux; des équipe silos où chaque « expert » d’un aspect du projet s’exprime sur sa partie….Je constate que les équipes  qui ont le mieux fonctionné sont celles qui avaient tout fait ensemble.

J’ai aussi vu des façons de communiquer très archaïques en mode « vente » où le fait de convaincre et séduire est préféré à l’expression du sens du projet. Mais aussi des tentatives de pitch plutôt réussies.

Et la déception quand une équipe présente un projet sur un accessoire soi-disant innovant pour les déplacements des personnes aveugles , et que le membre du jury que je suis, comprend que ces étudiants n’ont jamais rencontré de personne aveugle et n’ont pas idée de ce en quoi consiste la mobilité des aveugles.

Bien-sur, je leur ai suggéré d’aller rencontrer le public dont ils prétendent simplifier la vie! Mais au-delà de ce conseil, cela pose la question de l’empathie. Comment comprendre, comment apprendre, comment savoir se « mettre à la place de « ….comment enseigner l’empathie? Comment tirer les enseignements d’une expérience vécue et ressentie?

D’une manière encore plus générale, cette anecdote me permet de soulever le point le plus critique : comment faire pour enseigner ou transmettre la curiosité? Le fait que toute la connaissance soit accessible sur internet est-il la cause de cette absence de curiosité généralisée que j’ai rencontré dans cette expérience? Leur « big data » se révèle être très étroit.

Sans curiosité, pas de culture générale. Sans culture générale, pas d’ouverture d’esprit, de créativité et pas d’innovation. 

Or, « les parcours professionnels dans l’entreprise cessent très vite (vers 30-35 ans) de se jouer sur le terrain purement technique. Emergent alors ceux qui savent apporter la preuve qu’ils sont également capables de s’abstraire des considérations strictement liées au coeur de métier » (in F.Dupuy – la faillite de la pensée managériales, Seuil 2015).

Et c’est bien à cela que nous devons préparer les futurs ingénieurs.

Apprentissage-formation-freelancing.

Original de l'article paru sur le Blog de CREADS le 20 mars 2018

Lorsque j’ai rencontré Xavier il y a quelques années, j’étais très admirative de son travail de graphiste, puissant, inspiré, rigoureux et prolixe. Reconnu par ses pairs, il avait eu l’opportunité d’intégrer un studio graphique. Mais Xavier rêvait de quitter le studio pour travailler en freelance.

Lorsque je lui demandais ce qui le retenait, il me dit: « j’ai raté le virage numérique ».

Xavier ne maîtrisait pas la création de site web, alors que la plupart des commandes qu’il aurait pu décrocher en freelance contenait un site web.

Dans un environnement où le digital force au renouvellement permanent de ses compétences et où les freelances sont de plus en plus nombreux, cette expérience pose clairement la question de savoir identifier les évolutions de son métier pour pouvoir rester « compétitif » et ne pas se trouver bloqué dans son parcours.

Quelle pression!

C’est l’ambiance que la plupart des indépendants vivent au jour le jour: soit tu réponds aux besoins du marché, soit tu crèves! Pour les entreprises c’est pareil: soit tu innoves, soit tu disparais….

Il y a une autre manière de voir les choses, c’est de prendre ces contraintes (bien réelles) comme des opportunités pour apprendre, pour s’enrichir, pour évoluer, pour s’épanouir, pour s’exercer à avoir une vision métier.
Il s’agit alors de mieux se connaître soi-même, et pour aller plus loin de capitaliser sur soi-même, car n’oublions pas que la première ressource d’un freelance, c’est lui-même.

Et en cela il lui faut apprendre à investir sur lui plutôt que s’épuiser à essayer de répondre à tous les besoins du marché!

L’idée c’est d’être assez clair sur son projet professionnel pour avancer sans se disperser, mais être aussi suffisamment ouvert sur le monde et ce qui s’y passe, pour ressentir les tendances, les envies, les opportunités, et pourquoi pas les changements de cap.

Cela passe par la mise en place d’un hygiène de vie sérieuse pour la vie quotidienne, par l’esquisse d’un projet professionnel le plus clair possible pour ne pas se disperser dans tous les sens, mais aussi par la mise en place d’une série « d’action-investissement » pour préparer le futur.

Comment faire?

1- Identifiez vos 3 principales compétences.

Une compétence qu’est ce que c’est? C’est une capacité opérationnelle que vous pouvez reconnaître en complétant la phrase: je suis capable de…

  • je suis capable de………..

Regardez l’ensemble de vos compétences, puis trouvez le fil rouge qui les unit.

2-Faites de la veille métier.

Regardez l’ensemble des compétences dont le marché a besoin, par une veille régulière.

Une veille se pratique en continue à travers

  • la presse spécialisée,
  • les conversations avec les clients, les pairs,
  • l’étude des concours des appels d’offre
  • les forums techniques
  • les communautés sur les réseaux sociaux,
  • les expositions d’artistes, les présentations de travaux,
  • l’évolution des écoles.
  • Elle se pratique aussi en identifiant les personnes, les agences, les entreprises qui vous inspirent particulièrement et dont vous suivez toute les actualités.
  • Elle se pratique bien sur enfin à travers l’observation de ce que font vos concurrents, de manière à capter les enjeux de votre métier globalement.

Ne négligez jamais le temps informel passé avec vos pairs, il fait partie de la veille.

Une fois que vous avez identifié une compétence qui vous serait utile … et qui vous plait, demandez-vous toujours comment elle pourrait s’inscrire dans votre parcours.

Autrement dit, ne vous formez pas uniquement pour répondre un besoin du marché que vous aurez identifié, mais formez-vous à une nouvelle compétence qui va mettre en valeur tout ce que vous savez déjà faire, qui va apporter un nouvel éclairage à vos compétences acquises, et qui vous donne déjà des idées de nouveaux projets.

Cette nouvelle compétence doit vous permettre de dessiner une étape supplémentaire de votre parcours, en s’articulant avec ce qui précède.

3- Formez-vous tout le temps.

Il y a plusieurs manières de se former.

Cela commence auprès de ses pairs au cours d’un projet. Je crois que lorsque l’on travaille à plusieurs, on ne se rend pas compte de tout ce que l’on apprend des autres. Une fois que l’on a réalisé quelque chose pour la première fois, c’est devenu une compétence. C’est pourquoi je conseille toujours de faire un bilan à la fin de chaque projet pour bien prendre conscience de ce que l’on a appris.

Et puis il y a la formation professionnelle, et je vous encourage vivement à vous renseigner auprès des organismes et des associations dont vous dépendez comme la Maison des Artistes. Les prises en charges peuvent vous permettre d’accéder facilement à des formations pertinentes.

Enfin, il existe de plus en plus de MOOC certifiant, qui transmettent des compétences techniques et qui construisent des communautés autour de sujets émergents. Je pense par exemple aux MOOCs de l’Ecole des Gobelins, ou sur les plateformes dédiées des cours sur le copywriting, le design-thinking, le community management etc.

4-Constituez-vous un réseau

Le réseau est la clé de beaucoup de choses! Mais sur ce point particulier, il est crucial: non seulement il vous permet d’être informé de manière organique sur l’évolution de votre métier, mais il vous met également en relation avec des personnes qui vous donneront beaucoup d’informations sur la manière dont elles se sont formées, et probablement aussi beaucoup de conseils issus de leurs propre expérience.

SI vous vous formez de manière académique, n’oubliez pas que les réseaux d’anciens élèves ne s’arrêtent pas à la formation initiale, et sont extrêmement puissants pour intégrer des projets, des missions, ou être recommandé.

5- pour apprendre… apprenez aux autres!

Dans les milieux pédagogiques on dit souvent que la meilleure manière de se former, c’est d’apprendre aux autres! C’est un excellent moyen d’approfondir ses connaissances, mais aussi c’est un super moyen d’être enseigné à son tour.

 

Enfin, en conclusion, je voudrais rajouter une chose: n’oubliez pas le plaisir! Formez vous par curiosité et par plaisir d’apprendre, et pas seulement pour répondre aux besoins marché.

La curiosité, la découverte, l’émerveillement de nous reconnaître de nouvelles capacités, et de nouveaux talents, sont des sources d’épanouissement infinies, et de confiance en soi.

La capacité d’apprendre, de comprendre et de transmettre c’est aussi cela que l’on offre à nos clients à l’occasion de nos missions.