La Rencontre

« Et puis, il y a ceux que l’on croise, que l’on connait à peine, qui vous disent un mot, une phrase, vous accordent une minute, une demi-heure et changent le cours de votre vie. »Victor Hugo

Il y a des rencontres qui changent notre vie. La plupart du temps, et à moins d’événements extérieurs frappants, tous les grands changements de notre existence ont été initiés  par une rencontre.

Albert Camus, dans Le premier homme, raconte son enfance et la rencontre décisive avec son instituteur qui a cru en lui permit d’entrer au lycée. Pour quel destin!

Nos vies, leurs virages, leurs accélérations, leurs pauses, peuvent être relatés par les rencontres qui les ont ponctués. Amours, grandes amitiés, mentors, professeurs, partenaires, enfants…. mais aussi personne oubliée dont il nous reste la phrase, le regard ou la présence qui a changé notre trajectoire.

Les rencontres ont ce pouvoir: influer les trajectoires. Elles peuvent contrarier les projets les plus sûrs, ou au contraire accélérer le temps. Elles peuvent détruire ou démultiplier. Elles nous demandent de nous positionner, de nous engager, par leur pouvoir d’attraction.

Une rencontre est une promesse de futur différent. Une promesse de changement. Cette expérience n’a rien à voir avec le fait d’être timide ou pas, extraverti ou introverti. Elle est parfois fortuite, parfois provoquée,  instantanée ou sur la durée, mais aura cette influence sur nous qui nous fera la décrire ensuite comme le point de départ, l’origine.

Partant de cette expérience concrète si souvent relatée, qu’une rencontre est à l’origine d’une nouvelle idée, d’une nouvelle façon de voir, d’une solution, d’une énergie ou d’une certitude, il est intéressant de se demander comment elle advient dans la vie professionnelle et dans l’entreprise.

Et si, … au-delà des process, des organisations, des événements de l’entreprise, on pouvait favoriser les rencontres au-delà des rendez-vous connus, au-delà des hiérarchies et des habitudes?

Le networking? Pour échapper au monde des sites de rencontres amoureuses, le « networking » a insisté sur le but de faire des rencontres pour construire un réseau professionnel et trouver à terme le travail souhaité. Les personnes rencontrées ne sont pas le fruit du hasard, mais ont des positions, des compétences ou des relations que nous imaginons pouvoir servir nos propres projets. Dans le networking, rencontrer les autres est l’action à faire. Dans la rencontre, l’action nait de cette rencontre.

La « rencontre » a un caractère hasardeux, relève de la « sérendipité » (c’est-à-dire du don de faire des trouvailles par hasard), mais surtout, surtout, son résultat, ou ce qu’elle produit est totalement imprévisible. Elle a un caractère émotionnel, cognitif, et physique en même temps.

Il est difficile de faire le projet de favoriser quelque chose de si imprévisible dans un monde concentré sur la maîtrise du risque, et où succès et performance ont une place si prépondérante.

Il est difficile de vouloir favoriser quelque chose qui a plus de rapport avec la « rencontre amoureuse » par son caractère intuitif, qu’avec un « entretien d’évaluation » professionnel bien cadré dans le milieu professionnel.

Et pourtant, lorsqu’elle se produit, son effet est si puissant, sa capacité à transformer est telle, personnellement et professionnellement, qu’il semble indispensable de lui créer des espaces propices, et notamment dans le monde du travail en pleine mutation.  Rencontrer, avoir accès, découvrir, être surpris, écouter, s’imprégner, imaginer, … comment donner ces occasions à l’intérieur et à l’extérieur de l’organisation?

La rencontre est une liberté, un traie de génie humain. 

Et vous, quelles ont été les rencontres marquantes de votre vie? 

Vous trouverez bientôt sur le blog une page dédiée à la recherche de tous les facteurs, techniques, événements, idées et expérimentations qui peuvent favoriser les Rencontres en ceci qu’elles font partie des plus grandes  forces de changement et de transformation de l’être humain.

 

Les émotions, ces inconnues

Les émotions sont un langage parallèle. Lorsqu’elles surviennent, elles nous envoient des communications, des messages qui nous font réagir, mais que nous ne savons plus décoder.

Le langage émotionnel est très ancien.

Archaïque. Il provient du cerveau dit « reptilien »qui gère la satisfaction de nos besoins essentiels: dormir,  manger, boire, se reproduire.. Il assure aussi le besoin d’intégritéqui se manifeste de trois manières:

  • Besoin de sécurité
  • Besoin de d’identité
  • Besoin de réalité d’être*, de tangibilité.

Pour répondre à ces trois besoins, le cerveau reptilien a mis au point 3 stratégies de défense qui sont:

  • La fuite
  • La lutte
  • Le repli sur soi

Ces trois besoins et ces trois stratégies de défense sont si ancrés dans notre cerveau qu’ils sont automatiques. Mais si l’un de ces trois besoins n’est pas satisfait alors notre vieux cerveau nous envoie des messages sous forme d’émotions pour nous motiver à satisfaire ces besoins au plus vite! 

  • La peur nous indique que notre besoin de sécurité n’est pas satisfait,
  • La colère nous indique un besoin d’identité à combler,
  • La tristesse ou la fatigue, qui nous fait pleurer, pointe que nous avons besoin de restaurer le sentiment de tangibilité.

Quand nous parvenons à satisfaire ces besoins, tout va bien. Quand malgré nos efforts, nous n’y parvenons pas, nous nous sentons perdus, stressés, angoissés, en souffrance.

Les émotions sont essentielles à la vie.

Comme nous l’avons dit, les émotions sont un langage parallèle, très ancien et totalement automatique, en quelque sorte nous avons perdu le code, et pour cette raisons nous n’avons aucun moyen de supprimer ou de contrôler nos émotions!

En revanche, nous pouvons mettre à profit les messages qu’elles nous envoient et tenter de comprendre ce qu’elles disent de nous. En faisant cela nous pouvons apprendre un peu plus sur nous mêmes, sur nos besoins et sur nos manques … sans faire de contre-sens!

L’émotion est un cri d’alarme pour soi!*

Si mon client est très sévère sur les dead-line, la peur que cela provoque chez moi m’appartient. À moi de m’en libérer, non pas en essayent de la nier ou de la contrôler mais en trouvant une solution avec cette peur qui m’ appartient. 

Nous pouvons alors commencer à satisfaire nos besoins pour nous sentir mieux.

*Catherine Aimelet-Perissol in « Comment apprivoiser son crocodile ». ed. Pocket.

Tragi-comédie #coaching #escroc #pervers

Il arrive parfois malheureusement que notre route croise celle d’une personne toxique et perverse. Pire, comme c’est le cas dans l’histoire que je vais vous raconter, il arrive que cette personne représente une figure d’autorité, et que vous la laissiez entrer dans votre sphère, tout simplement parce que cette personne est formatrice ou coach. 

C’est ce qui m’est arrivé, -à moi dont c’est le métier!- il y a quelques temps. En me présentant à la « formation de formateurs » d’une jeune entreprise en pleine croissance pour ensuite  enseigner  à mon tour son programme à ses clients, je suis tombée sur un « coach » pervers qui a bien failli me faire douter de moi. 

Comment dire…

J’ai longtemps hésité sur la manière de partager cette expérience et le message que je voulais faire passer avec. J’ai eu envie de dénoncer le personnage et ses pratiques et de faire du bruit! Et  au fur et à mesure que je racontais ma mésaventure à mon entourage, j’ai discerné le « tragi-comique » de la situation. Comment avais-je pu me laisser faire alors que c’était tellement gros? Moi, tellement expérimentée, tellement sûre de mes valeurs?

Alors il m’a semblé important de rappeler ici quelques messages fondamentaux

  • Lorsque cela m’est arrivé, je n’ai pas compris tout de suite; mais mon intuition m’a envoyé des signaux d’alarme.
  • Quand j’ai commencé à comprendre, j’ai  décidé de ne pas tenir compte de ces signaux, de continuer la  session  en me disant que ce qui comptait le plus  était ce que j’allais en retirer (apprentissages et opportunités de missions immédiates) , et non pas la manière dont la formation était conduite.
  • quand j’ai constaté les dégâts, il était trop tard, et j’ai mis du temps à m’en remettre (je vous explique pourquoi juste après)

Mon message est donc le suivant:

Écoutez votre intuition quand elle vous dit que quelque chose cloche! 
Sachez vous protéger, et protéger les autres. 
Ne vous laissez pas aveugler par le gain que vous pourriez obtenir: il n'y aura pas de gain car vous ne serez pas en mesure de le prendre.
Voici l’histoire en mode tragi-comique 😉

Lorsque j’ai rencontré la dirigeante d’une jeune entreprise de formation en pleine croissance, nous avons tout de suite eu envie de collaborer. J’avais envie de revenir à un format collectif et dynamique tout en poursuivant mes activités de coaching par ailleurs;  les deux pratiques s’enrichissant mutuellement.

De son côté elle cherchait à former une équipe capable d’incarner les valeurs de son entreprise et de déployer son programme de formation à plus grande échelle. J’étais donc ravie d’envisager cette collaboration.

Elle se faisait accompagner dans le développement de son entreprise par un coach, et m’a naturellement demandé de rencontrer cette personne pour entériner notre collaboration.

Épisode 1: Entretien individuel avec le coach

À peine franchi le seuil de son cabinet que le coach fringant d’une cinquantaine d’années m’interpelle:

– « Vous ,rien qu’à vous regarder je suis sûre que vous êtes du genre à n’en faire qu’à votre tête! « . Un peu interloquée je souris en me disant qu’au fond, oui, j’ai toujours fait ce que j’ai voulu, ce n’est pas faux.  Mais est-ce une sorte de compliment, un accueil qui se veut détendu ou au contraire une pique pour me mettre mal à l’aise?

Très vite, la conversation prend un tour étrange: après m’avoir dit 5 fois de suite que « ce n’est pas un entretien d’embauche » (on parle de finasserie entre salariat et sous-traitance ou bien?), il me pose des questions « réflexives » en grosse quantité : »j’aimerais savoir quelle question vous aimeriez me poser »; « et si je vous  posais la question, quelle question me poseriez-vous? »….

Je commence à ne plus rien comprendre et je me fais même rabrouer lorsque j’ose poser une question « fermée »! (histoire d’y voir un peu plus clair: « est-ce que vous avez envie qu’on travaille ensemble? – « Ah mais ça c’est une question FERMÉE à laquelle je ne peux répondre que par oui ou non.. » – « Ben justement, …)

Le point de non-retour arrive lorsque je commence à piaffer et lui dire que je ne comprends pas ce qu’il veut: « Vous savez, dans un commissariat, c’est celui qui pose les questions qui a le pouvoir, et là, le pouvoir je vous le donne, j’ai l’impression que vous n’avez pas compris! »…Je suis estomaquée. -« Mais je m’en fous moi du pouvoir! » rétorquai-je en me disant en mon for intérieur « toi, si tu veux jouer à ça, on va jouer! ».

Et le voilà qui me demande -enfin!- de parler de mon parcours professionnel Je décide de  lui raconter tous mes échecs. (ricanements). Evidemment il se gausse: « mais êtes vous consciente du NOMBRE DE FOIS où vous avez dit le mot échec? C’est incroyable!!!…Et si vous nous parliez de vos succès? » – « Mais ce sont les mêmes… vous n’avez pas compris? » (re-ricanements)

Je quitte le cabinet sans avoir compris ce qui s’est passé; je ne suis pas plus avancée sur mes perspectives de collaboration avec l’entreprise, je me suis finalement « amusée » dans une sorte de joute verbale pathétique, et …j’ai l’impression d’avoir franchement loupé un épisode.

Quelques minutes après dans la rue je reçois un SMS : « comment vous-êtes-vous sentie dans cet entretien? »….!!!

Episode 2: la journée collective

Finalement, sans aucun débriefing sur ce premier entretien, me voilà conviée à une journée de « formation » où je retrouve une dizaine de personnes qui, je le suppose, sont là comme moi pour intégrer cette équipe de formateurs.

1ere alarme: nous sommes 10 personnes en cercle, et nous ne nous présentons pas les uns aux autres. Une sorte de blind-test musical est supposé faire office de brise-glace… Je ne connais rien dans la playlist, ça commence bien.

Alors qu’une des participantes dira plus tard « ce qu’il m’a manqué c’est que l’on se présente au début » le coach lui répondra: « mais tu étais aussi jugée sur la manière dont tu allais te présenter aux autres spontanément!  »

2eme alarme: nous devons chacun créer une mini-animation/ formation en 10 minutes et la présenter aux autres, face caméra. Les participants font des feedbacks à la fin sur leur ressentis et le coach fait des commentaires sur le langage non-verbal. « Quand tu tournes tes épaule vers la droite, tu ne donnes pas le bon message! ». Ah zut. Je n’ai jamais été aussi mauvaise, et encore une fois ce sentiment très bizarre que je n’apprends rien, qu’aucune information n’arrive jusqu’à moi (je n’ai pas revu la vidéo, les commentaires n’avaient aucun sens pour moi) . Je me sens jugée -et croyez-moi pas en bien!-mais personne ne dit rien. Tout est condescendant.

Je commence à me sentir complètement nulle. Moche. Incapable…J’ai la trouille chevillée au corps (mais je ne comprends pas, d’habitude j’adore tous ces trucs là…)

3eme alarme (sirène d’alarme) : juste avant le déjeuner, nous « debriefons » en groupe, et le coach fait un lapsus : « Dans ce casting… »Stupéfaction du groupe. Ah! Nous sommes donc tous concurrents, et nous ne sommes pas tous là pour apprendre, nous sommes là pour être selectionnés?! Réponse du coach: « ben oui, on n’est pas dans le monde des bisounours! »Nous allons donc être rappelés le lendemain, un par un pour savoir si « nous continuons l’aventure »…

J’apprends au passage, que certains participants travaillent avec le coach et je ne comprends pas s’ils sont là comme observateurs ou participants…

Je ne m’étends pas sur  l’après-midi que j’ai passée dans un brouillard confus. En revanche une dernière saillie du coach m’achève: avant de partir, il nous remet la feuille habituelle d’évaluation, dont la dernière question est la suivante : « indiquez la personne que vous voyez le plus intégrer l’équipe » puis « indiquez la personne que vous voyez le moins intégrer l’équipe « …

Ce qui m’a détruite (momentanément je vous rassure)
  • ne pas avoir réagi quand j’ai compris que l’objectif de la journée n’était pas donnée en début de session, en ayant l’intuition qu’il y a avait là quelque chose de louche ;
  • ne pas avoir demandé un tour de table pour confirmer (comprendre) les rôles et intentions de chacun;
  • ne pas avoir rendue explicite l’idéologie sous-jacente de ces exercices qui était: « si on a affronté les pires conditions à l’exercice, on s’en sortira sur le terrain » (marche ou crève) et m’être interrogée sur le fait de savoir si j’étais d’accord pour ce type d’épreuve, si je me sentais suffisamment protégée et si je jugeais cela constructif et apprenant;
  • m’être laissée entrainer à faire une prestation déstructurante et dévalorisante sans aucune possibilité d’apprentissage et de transformation;
  • n’être pas partie à la mi-journée quand les règles du jeu sont enfin apparues;
  • être suffisamment abasourdie pour ne pas m’insurger publiquement contre le fait d’avoir à « dénoncer » ceux qu’on ne veut pas voir intégrer l’équipe parmi ses camarades.

Conclusion

Je ne me suis pas protégée. Je me croyais suffisamment forte pour jouer à ce jeu. Mais quand les règles ne sont pas données, on est toujours perdant à la fin.

J’ai joué contre mes valeurs pour l’appât de la récompense (de belles missions bien payées). J’ai malgré moi toléré que l’éthique de nos métiers soit jetée aux orties sans autre forme de procès. Et ça m’a amputée quelque chose de moi-même.

Je le répète enfin: rien ne mérite qu’on n’écoute pas la petite voix qui nous dit gentiment: « il y a quelque chose qui coche là-dedans ».. Soudainement, cela me rappelle mon moniteur d’auto-école il y a très longtemps qui m’avait dit: « Quand on n’est pas sûr, il vaut mieux freiner. Se faire klaxonner ne tue pas; avoir un accident, si. »

Freinons, quand nous avons un doute. Ça n'empêche pas de redémarrer si tout va bien.

la fin de l’histoire? Le lendemain j’ai reçu ce fameux coup de fil. Je continuais l’aventure… malgré le fait que je n’étais pas très « solaire ».

Je n’ai pas continué cette aventure là.