formations, collectifs, codéveloppement…

Il y a deux choses qui m’ont frappées récemment à propos des formations professionnelles : 

  • la force du collectif,
  • la faiblesse du collectif.

La formation professionnelle évolue au fur et à mesure des études sur la pédagogie, des progrès de nos connaissances en neurosciences, et de nos expérimentations.

Et les pratiques changent.

Dans la dernière formation que j’ai pu observer, toute la pédagogie était fondée sur la pratique, l’apprentissage par le faire, sur l’expérience à deux, puis en petit groupe, puis en grand groupe.

Beaucoup de choses ont été testée, vécues, découvertes à plusieurs.

Et TOUS les participants ont souligné à la fin, que ce qui les avait le plus marqués c’était

– la dynamique collective, et la puissance qui s’en dégage

– la bienveillance des participants et la confiance que cela avait crée;

La force du collectif…

Personne n’a cité en premier les apprentissages en eux-mêmes qui arrivaient en 3ème position.

Quelques temps plus tard, j’ai revu des participants.

Voici leur retour:

  • le groupe leur manque. Ils ont vraiment passé un bon moment,
  • Ils ont commencé à mettre pratique ce qu’ils avaient appris, mais ils se demandent si cela va vraiment durer. Certains ont déjà abandonné.
  • Ils ont du mal à citer plus d’un objectif pédagogique de la formation.

On pourrait en déduire que ce que veulent réellement les personnes qui s’inscrivent à ces formations c’est rencontrer des nouvelles personnes, hors du contexte professionnel pour “rêver ensembles” à un quotidien professionnel qui serait bienveillant et apprenant.

Rêver ensembles, pour se réconforter, et se dire que cela doit bien exister, quelque part, un monde du travail où, dégagés des contraintes des plannings, des budgets, de la rentabilité et de l’autorité, on serait…heureux.

Et voilà ce que j’appelle la faiblesse du collectif, car il valide le fait

  • que les apprentissages sont une durée de vie limitée,
  • que la formation est déconnectée de la réalité du travail quotidien à long terme,
  • que le collectif est automatiquement dilué dés lors qu’il se retourne lui-aussi vers les contingences quotidiennes.

ET SI…, on faisait autrement?!

Si, au contraire, on inscrivait la puissance du collectif dans la réalité quotidienne du travail?

Si, au contraire, la formation devenait sans fin?

Si, au contraire, le collectif prenait à bras le corps les problématiques de budget, planning, conflits etc. et apprenait à les résoudre petit à petit avec confiance et bienveillance?

Co-développement.

Tout est dans le nom. Se développer ensembles.

Un groupe de “pairs” qui se réunit régulièrement tout au long de l’année et qui exerce la puissance de ce collectif pour apprendre, aider, résoudre, réseauter, se confier, rassurer, développer, créer, imaginer, proposer et apprendre…à apprendre.

Ce qu’on gagne? 

– pérennité versus “one shot”

– culture d’entreprise, culture de métier, culture de créativité

– innovation managériale

– solidarité, confiance, écologie

– solutions, progrès individuels, progrès collectifs

Ce que ça nécessite? 

Un animateur formé, et des volontaires.

Pas plus.

“On ne résout pas les problèmes avec les modes de pensée qui les ont engendrés” (Albert Einstein)

La richesse du process

Ou comment la créativité se trouve parfois là où on ne l’attendait pas

Le process… je n’en peux plus! 

Qui n’a pas entendu ce cri du coeur en agence, ou en studio? Je l’ai personnellement beaucoup entendu puisque pendant plusieurs années, le « process »… c’était moi, la coordinatrice de projet.

5 choses récurrentes sur le process :

  • Le process est rigide et empêche toute improvisation, toute recherche, toute créativité et aussi toute erreur.
  • Le process est au service de la rentabilité du projet et non de sa qualité.
  • Le process sert à rendre les personnes interchangeables  au sein d’un projet
  • Le process fige à l’avance les livrables du projet: il est anti-agile.
  • Le process est l’émanation d’un management issu du taylorisme qui n’a rien a voir avec le management de la création.
Alors de quoi parle-t-on vraiment?

Le mot  « process » est un anglicisme que l’on peut traduire par processus ou procédé. Le processus, est « Un ensemble d’opérations successives, organisées en vue d’un résultat déterminé » (CNRTL).

Quant au  « procédé », c’est un « Moyen utilisé en vue d’obtenir un résultat déterminé ». Je rajoute une petite nuance : le mot « procédé » peut avoir une connotation négative spécifique aux activités artistiques, et signifier alors: « l’utilisation excessive de la technique, conférant à l’œuvre un caractère stéréotypé, artificiel »…

Il est fort à parier que lorsqu’on utilise le mot « process » dans le langage courant de la gestion de projet, on pense plus à la nuance péjorative. Le process bloquerait ainsi la créativité, l’imagination, l’improvisation, le contextuel, par l’application de techniques systématiques à l’aide d’outils issus de la productivité et non de la créativité .

Mais ce que l’on crie en disant qu’on n’en peut plus du process!, c’est surtout l’intuition que le processus que l’on suit … n’est pas le bon!

DES process (..s)

Il existe de nombreux « process ».

Le process c’est le chemin.

Et il y a plusieurs chemin pour arriver du point A au point B. En voici quelques uns propres aux métiers de la création:

Prenons par exemple la création d’un concept de magasin, nous allons pouvoir trouver selon l’angle privilégié plusieurs process:

  • Le processus de création: Préparation/ Incubation/ Illumination/ Vérification
  • Le processus de l’innovation: Définition du problème/ Génération des concepts/Sélection des concepts/ mise en œuvre
  • Le processus du design-thinking: Empathie / Définition- formulation des besoins/ Idéation/ Prototype/ Test

Mais si on dé-zoome, on s’aperçoit alors que notre projet de création s’inscrit également dans le projet de l’entreprise qui nous emploie, et donc dans son « process » qui peut être quelque chose comme: prospection/ vente/ production/ facturation.

Et encore peut-être lui-même dans un projet plus large -chez notre client, par exemple- de communication, ou de construction (Esquisse/ avant projet sommaire/ Avant projet détaillé / pro/ études d’éxécution/ Direction des travaux/ Réception) 

Revenons maintenant chez notre créatif. Peut-être travaille-t-il en équipe; et voici d’autres process qui viennent se rajouter au niveau de l’organisation (brief/ brainstorming/ réunion planning etc.) … et peut-être cette personne a-t-elle ses process personnels, ses routines, et ses phases de travail spécifiques?

C’est probablement l’imbrication de tous ces process qui produit cet effet vertigineux, de « trop c’est trop » qui fait qu’à un moment donné on est perdu.

Remettre ces différents systèmes en perspectives, les identifier est important; cela permet de repérer celui où nous avons notre responsabilité (notre contrat, notre emploi, notre mission) et notre engagement.

Mais cela permet s aussi, de pouvoir, en apercevant les autres, orienter notre travail, comprendre ce dont les autres ont besoin, et ce que notre propre travail va leur permettre d’accomplir.

C’est une sorte d’empathie qui va nous permettre d’être plus créatif puisqu’elle abolit les silos entre les différentes dimensions d’un projet, mais aussi encore plus expert dans notre propre process. Nous allons alors expérimenter une nouvelle manière d’être un « profil en T » des process et des systèmes.

LA RICHESSE DU PROCESS
Le process ça donne du temps

Nous avons tous été un jour ou l’autre tentés de trouver une réponse immédiate, à un client pressant, poussés par l’ensemble des recettes qu’on nous donne pour tout et n’importe quoi. Nous avons tous été tentés de reprendre ce qui avait marché pour un autre projet pour (se) rassurer, pour aller plus vite; bref, dés la question posée, trouver la réponse comme dans un jeu télévisuel.

Alors justement, ce fameux  process, c’est lui qui nous sauve de ces dérives. En modélisant les différentes phases de notre pensée complexe, il nous protège des raccourcis dangereux. Il nous force à prendre le temps pour traiter le problème qui nous est soumis. Il est une garantie.

Le process ça donne des espaces d’exploration

Le process c’est comme un cadre; une fois qu’il est posé, c’est-à-dire que nous avons structuré les limites de notre réflexion, et de notre intervention, nous pouvons alors commencer à explorer. Sans ce cadre, l’exploration, paradoxalement, n’est pas libre. Si nous sommes toujours en train de nous demander quel est l’étape suivante, si notre client nous paye bien pour ce que nous faisons, ou si ce que nous faisons est bien utile, notre créativité sera totalement bloquée.

Le process c’est comme la boussole des explorateurs : les explorateurs  savent ce qu’ils veulent atteindre (l’océan, le nouveau continent etc.) mais ils ne connaissent pas le chemin exact pour y arriver; Les explorateurs dessinent les cartes au fur et à mesure de leur progression. Mais leur boussole leur donne toujours la direction.

Il ne faut pas confondre: suivre le process ce n’est pas suivre une carte! C’est suivre la boussole.

Le process ça donne des muscles

Le process est un chemin sur lequel nous allons passer du temps. Comme lors d’une randonnée en montagne, il y a des paysages différents, des obstacles, des côtes et des dénivelés. Si nous sommes focalisé sur la ligne d’arrivée, nous nous épuisons; si au contraire nous sommes conscients des différentes étapes, de notre propre endurance, du plaisir que nous avons à voir le paysage changer, et si nous pouvons nous réjouir du chemin parcouru, alors nous prenons du muscle.

Le process nous aide à ne pas chercher le résultat. (parce qu’alors la seule garantie que l’on ait, c’est de ne pas le trouver!); il nous permet au contraire d’être curieux, de nous ressourcer, d’être en empathie avec ce qui nous entoure, de regarder des choses de plusieurs points de vue différents.

On sait tous qu’aucun créatif ne choisit sa première solution à un problème;

le process nous permet de ne pas rester bloqué.

LA CRÉATIVITÉ DU PROCESS ? 

Est-ce que le process nous rend interchangeable? Non. Il nous permet de choisir  une destination, à chacun d’entre nous de chercher comment l’atteindre.

Chacun a sa manière de conduire, même si tout le monde emprunte le réseau routier.

Il nous offre aussi la possibilité de choisir comment on veut voyager; et  pour cela de créer nos propres outils; de concevoir notre propre feuille de route.

Il nous donne la possibilité de mieux nous connaître. C’est en suivant des process que nous créons notre style.