Automne 2018

L'écart et l'entre - François Jullien

Leçon inaugurale de la Chaire sur l'Alterité

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Comment s'ouvrir un chemin vers l'Autre ? Je proposerai ici deux concepts médiateurs : d'écart et d'entre. À la différence de la différence, qui reste à la remorque de l'identité, l'écart est fécond en ce qu'il est exploratoire, aventureux, et met en tension ce qu'il a séparé. De là que ouvrir un «écart», c'est produire de l'«entre» ; et que produire de l'«entre» est la condition pour promouvoir de l'«autre». Car dans cet entre, que n'a pas pensé notre pensée de l'Être, s'intensifie la relation à l'Autre qui se trouve ainsi préservé de l'assimilation à soi. Ce n'est donc pas à partir du semblable, comme on voudrait le croire, mais bien en faisant travailler des écarts, et donc en activant de l'entre, qu'on peut déployer une altérité qui fasse advenir du commun. Un commun effectif est à ce prix. Qu'on s'en souvienne aujourd'hui où le danger d'assimilation, par temps de mondialisation, partout menace. F. J.

Le Burn Out - Pascal Ide

Une maladie du don

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Le burn-out, tout le monde en a entendu parler et sait qu'il se manifeste par l'épuisement. Mais tout le monde ne connaît pas ses deux autres signes : la dépersonnalisation et la diminution de l'impression d'accomplissement personnel. Les chercheurs ont montré que cette maladie moderne touche particulièrement les personnes généreuses (soignants, éducateurs, prêtres, etc.) Est-ce dire que pour éviter le burn-out, il faudrait renoncer à aider les autres ? Se fondant sur de nombreuses études et sur son expérience d'accomplissement, Pascal Ide donne d'abord des clés précises pour comprendre et reconnaître le burn-out. Il élabore ensuite une dynamique du don en trois temps - recevoir, s'approprier, donner - et propose des moyens et des exercices concrets pour guérir de cette "maladie du don" qui nous guette tous. Et s'il s'agissait non pas de moins donner, mais de mieux donner ?

Radical Candor - kim scott

How to Get What You Want by Saying What You Mean

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Author Kim Scott was an executive at Google and then at Apple, where she worked with a team to develop a class on how to be a good boss. She has earned growing fame in recent years with her vital new approach to effective management, Radical Candor.

Radical Candor is a simple idea: to be a good boss, you have to Care Personally at the same time that you Challenge Directly. When you challenge without caring it’s obnoxious aggression; when you care without challenging it’s ruinous empathy. When you do neither it’s manipulative insincerity.

This simple framework can help you build better relationships at work, and fulfill your three key responsibilities as a leader: creating a culture of feedback (praise and criticism), building a cohesive team, and achieving results you’re all proud of.

Radical Candor offers a guide to those bewildered or exhausted by management, written for bosses and those who manage bosses. Taken from years of the author’s experience, and distilled clearly giving actionable lessons to the reader; it shows managers how to be successful while retaining their humanity, finding meaning in their job, and creating an environment where people both love their work and their colleagues.

Donner et prendre - Norbert alter

La coopération en entreprise

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Coopérer suppose de créer des liens sociaux, comme circulaient les dons dans les sociétés " primitives ". Comment comprendre l'énigme de la collaboration au sein des organisations ou des entreprises, pourtant aux antipodes de l'utilitarisme managérial contemporain ?

Ce livre aborde la principale énigme du monde du travail : la coopération. Elle est nécessaire au bon fonctionnement des entreprises, mais ne repose que sur la " bonne volonté " des opérateurs. La coopération ne s'explique en effet ni par l'intérêt économique, ni par la contrainte des procédures, ni par les normes de métier. Elle repose largement sur la seule volonté de donner : on donne aux autres parce que donner permet d'échanger et donc d'exister en entreprise.
Coopérer suppose en effet de créer des liens sociaux, par l'intermédiaire desquels circulent des biens, des informations, des services, des symboles, des rites ou des émotions, comme circulaient les dons dans les sociétés " primitives ". Mais, hier comme aujourd'hui, ces échanges ne peuvent être réduits à une série de comportements altruistes et pacifiques : donner représente également le moyen d'obliger, d'obtenir, de trahir ou de prendre. Et ce " commerce " se réalise au nom d'un tiers, qu'il se nomme métier, mission, projet, réseau ou entreprise. Celle-ci tire donc parti de cette ingéniosité collective qui se donne à elle, permettant changement et mouvement. Pour autant, loin de reconnaître ces générosités, elle dénie l'existence du don et privilégie les modes de gestion " modernes ", qui préfèrent que salariés et employeurs soient quittes, plutôt que mutuellement endettés.
Norbert Alter met ainsi en évidence un phénomène paradoxal, qui prend à rebours les discours du management ordinaire : le problème des organisations ne consiste pas à " mobiliser les salariés ", mais à tirer parti de leur volonté de donner.

La comédie (in)humaine - Julia de Funès, Nicolas Bouzou

Comment les entreprises font fuir les meilleurs

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Réunions interminables, séminaires sportifs, inflation des process : l'entreprise est devenue le lieu de l'absurde. Julia de Funès et Nicolas Bouzou partent en croisade contre l'absence de sens qui paralyse nos sociétés et proposent des solutions concrètes. Pourquoi le management vire-t-il souvent à la tragicomédie ? Pourquoi les entreprises s'évertuent-elles à bâtir des organisations qui font fuir les meilleurs alors que leur principal objectif devrait être d'attirer les talents ? Comment remédier concrètement à ces dysfonctionnements insensés, sources de burn-out, bore-out et autres brown-out ? Pour la philosophe et l'économiste, défenseurs acharnés de la libre-entreprise, il est urgent de laisser les salariés exprimer librement leur intelligence critique et redonner du sens à leur travail. Ce n'est pas avec des babyfoots, des formations ludiques, des documents PowerPoint à n'en plus finir ou des Chief Happiness Officers que l'entreprise de demain sera le lieu de l'innovation, de la performance et du progrès !

Happycratie - Eva Illouz, Edgar Cabanas

Comment l'industrie du bonheur a pris le contrôle de nos vies.

 

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Le bonheur se construirait, s'enseignerait et s'apprendrait : telle est l'idée à laquelle la psychologie positive, née au tournant du siècle, s'attache à conférer une légitimité scientifique. Il suffirait d'écouter les experts pour devenir heureux. L'industrie du bonheur, qui brasse des millions d'euros, affirme ainsi pouvoir façonner les individus en créatures capables de faire obstruction aux sentiments négatifs, de tirer le meilleur parti d'elles-mêmes en contrôlant totalement leurs désirs improductifs et leurs pensées défaitistes.
Mais n'aurions-nous pas affaire ici à une autre ruse destinée à nous convaincre, encore une fois, que la richesse et la pauvreté, le succès et l'échec, la santé et la maladie sont de notre seule responsabilité ?
Et si la dite science du bonheur visait à nous convertir à un modèle
individualiste niant toute idée de société ?
Edgar Cabanas et Eva Illouz reconstituent ici avec brio les origines de cette nouvelle " science " et explorent les implications d'un phénomène parmi les plus captivants et inquiétants de ce début de siècle.

Le lambeau - Philippe Lançon

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Lambeau, subst. masc. 1. Morceau d'étoffe, de papier, de matière souple, déchiré ou arraché, détaché du tout ou y attenant en partie. 2. Par analogie : morceau de chair ou de peau arrachée volontairement ou accidentellement. Lambeau sanglant ; lambeaux de chair et de sang. Juan, désespéré, le mordit à la joue, déchira un lambeau de chair qui découvrait sa mâchoire (Borel, Champavert, 1833, p. 55). 3. Chirurgie : segment de parties molles conservées lors de l'amputation d'un membre pour recouvrir les parties osseuses et obtenir une cicatrice souple. Il ne restait plus après l'amputation qu'à rabattre le lambeau de chair sur la plaie, ainsi qu'une épaulette à plat (Zola, Débâcle, 1892, p. 338). (Définitions extraites du Trésor de la Langue Française).

Philippe Lançon est journaliste à Libération et Charlie Hebdo, et écrivain.